La Cedeao doit adresser un message clair à Gbagbo

Publié le par MOUKILI LE LION

 

tciL’unanimité internationale est désormais faite sur la victoire de M. Alassane Ouattara à l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 en Côte d’Ivoire. Le 10 mars 2011, l’Union Africaine, à travers son Conseil de Paix et de Sécurité, a clos définitivement le débat qui pouvait subsister encore auprès de quelques rares pays.
Désormais, à la suite du Peuple de Côte d’Ivoire, de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et du Bureau du Certificateur de l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), la CEDEAO, l’Union Africaine, la Ligue Arabe, l’Union Européenne et l’ONU sont alignées pour reconnaître et soutenir l’élection du Président Ouattara.
Toutes ces institutions internationales ont été rejointes par les grandes puissances telles que les USA, la Grande-Bretagne, la France, le Canada, l’Allemagne et, en Afrique, le Nigéria et l’Afrique du Sud notamment.
Logiquement, on aurait pu penser que l’ex-président Gbagbo tirerait sagesse de cette situation pour mettre fin à son occupation illicite et illégale du pouvoir d’Etat et, en même temps, aux supplices qu’il fait subir aux populations ivoiriennes.
Mais non, au contraire ! M. Laurent Gbagbo a répondu à l’interpellation commune de la communauté internationale en accentuant sa croisade meurtrière contre les populations et en multipliant ses efforts et ses initiatives pour se maintenir frauduleusement au pouvoir.
A présent, les dénonciations et les condamnations de ces actes commis par les forces fidèles à M. Gbagbo sont innombrables et unanimes : il s’agit de massacres de grande ampleur déjà exécutés, et de la planification, de la préparation et de l’organisation systématique de crimes de masse à motifs ethniques, religieux et xénophobes.
Cependant, tout le monde devrait savoir que ces dénonciations et condamnations ne suffiront pas et n’auront aucun effet sur le régime de fait de M. Gbagbo car, de même qu’il a foulé aux pieds l’avis unanime de la communauté internationale sur la reconnaissance de l’élection de M. Ouattara à la Présidence de la République ivoirienne, M. Gbagbo ignorera pareillement toutes ces condamnations prononcées contre ses crimes ainsi que tous les appels destinés à les faire cesser.
D’ailleurs, les appels qui lui ont été lancés depuis qu’il a perdu officiellement l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, successivement par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le Secrétaire Général de cette organisation, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU, les organes de poursuite de la Cour Pénale Internationale (CPI), Amnesty International, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch (HRW), la Rencontre Africaine des Droits de l’Homme (RADHO), le Haut panel des cinq chefs d’Etat de l’Union Africaine, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ainsi que de nombreux hauts responsables politiques africains et mondiaux, ne sont-ils pas restés lettres mortes à ce jour ?
M. Gbagbo est resté sourd. Pire, il n’a pas hésité à accroître la répression. Par conséquent, les risques qu’il la poursuive et l’amplifie, si rien n’est fait pour l’en empêcher, sont aussi grands que ceux qu’il a pris pour se maintenir abusivement au pouvoir en défiant la communauté internationale. Prendre conscience de cela, et agir en conséquence, relève du devoir d’assistance humanitaire.
En Côte d’Ivoire, à ce stade de la crise politique posélectorale, de l’isolement diplomatique de M. Gbagbo, de la pression populaire et militaire intérieure que subit son régime, de son engagement militaire contre les populations civiles, de l’étendue et de la gravité des violations des droits humains déjà commises, de ses appels pressants aux « miliciens/patriotes » pour libérer le pays des « bandits », de l’exode de certains de ses complices et de leurs familles et, enfin, à ce stade de la manipulation des sentiments xénophobes, ethniques et religieux de ses partisans, la seule ambition qui reste à M. Gbagbo pour son pays, c’est la guerre civile.
La guerre civile qu’il veut faire advenir par tous les moyens, comme unique stratégie pour asseoir son pouvoir et assouvir sa vengeance : se venger des populations qui ne lui ont pas accordé leurs suffrages et qui ne soutiennent pas sa politique, pour se venger de la CEDEAO qui lui a refusé son soutien et opposé la menace de la force légitime, de l’Union Africaine qui a déçu ses derniers espoirs diplomatiques, de l’ONU qui a contrecarré son plan de confiscation du pouvoir monté de toutes pièces avec « son » Conseil Constitutionnel, et enfin de l’Union Européenne, notamment (et surtout) de la France, qui a conduit la réprobation de la communauté internationale contre sa forfaiture.
Tout cela doit être arrêté au plus vite, et le long cycle des condamnations et appels sans lendemain doit aussi prendre fin.
C’est pourquoi la CEDEAO, qui se réunit les 23 et 24 mars 2011 à Abuja (Nigéria), doit adresser un message clair à M. Gbagbo, un message assorti d’un ultimatum précis et d’un assortiment de sanctions lourdes à fort caractère coercitif, incluant le recours à la force légitime, à mettre en œuvre automatiquement dès la fin de l’ultimatum.
Le message doit être clair et sans ambiguïté, afin d’annihiler l’art de la compromission et de l’équivoque de M. Gbagbo et de son clan, et d’éviter ainsi que ces mesures ne fassent encore l’objet d’interprétations dilatoires de leur part, comme ce fut le cas à propos des décisions de l’UA, notamment autour des questions du « dialogue inter-ivoirien » et de l’investiture de M. Ouattara par le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire.
C’est à cette seule condition que M. Gbagbo et son clan auront une meilleure lisibilité du temps qu’il leur reste avant d’être confrontés à une sortie à la mesure de leurs crimes.
De leur côté, les peuples ivoirien et de la sous-région, les opérateurs socio-économiques, les investisseurs, les partenaires du développement ainsi que tous ceux qui partagent un intérêt commun pour la Côte d’Ivoire, apprécieront d’avoir une meilleure idée du temps qui les sépare de la fin de leurs supplices et du retour à une vie normale, apaisée et confiante.
Ronchard Lagoutte
Québec - Canada

Publié dans CÔTE D'IVOIRE

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